L'Exilé

Texte de : Patrick CHAUSSIDIERE - Musique de : JO CASANOVA

Ça neige ...
Plus encore dans sa tête que sur la ville ;
Tout est gris, c'en est débile.
Il regarde tomber les flocons
sur ses trois mètres carrés de balcon.
Comme un chien rivé à sa niche,
il fait semblant, il triche.
Il n'était pas fait pour cette vie ;
Il y végète, il s'y ennuie.
Il est devenu un citadin
pour cause de gagner son pain.

Demain, il fera comme aujourd'hui,
comme hier, comme tout le monde ;
désormais, il fait partie de la ronde.
Il prendra son petit déjeuner
avec du lait stérilisé,
en se passant des odeurs de sous-bois
qui s'achètent par boîte de trois.
Puis il se rendra à son travail,
histoire de changer de murailles ;
et en attendant que la journée s'achève,
il se réfugiera dans ses rêves.

Il rêve ...
Il rêve de vent et de chasse,
de prairies vertes et d'espaces,
là où les chiens ne sont pas attachés,
là où les fleurs poussent en liberté.
Il revoit sa maison,
là-bas, au-delà de l'horizon,
quand, le soir, sa mère chantait
devant les flammes du foyer
et que son père, au retour de la clairière,
chaque jour, les réunissait pour la prière.

Il chante ...
Il chante pour se prouver qu'il vit encore
dans cette cité où tout paraît mort.
Du quinzième étage de son H.L.M.
Il mesure tout le poids de ses chaînes.
A tout jamais, il est lié à cette galère
pour, en fin de mois, toucher un salaire.
Il a bien du courage, comme le petit cheval blanc,
tout seul, dans le mauvais temps.
Il restera un citadin
pour cause de gagner son pain ...

Et il regarde tomber la neige sur la ville
où tout est gris à en être débile !

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